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Le Dossier

L'exode de mai 1940 : le récit du peuple des routes originaire de l'Arrageois

3 - Le récit glaçant d'un dainvillois


 Nous vous proposons une plongée dans les premiers jours d’exode de cet habitant de Dainville. Contrairement à d’autres, il va vivre une journée terrible, perdant plusieurs proches à la suite d’une attaque de Stuckas. Le récit est signé Jean Pecron, dans le livre « Dainville occupé, Dainville libéré », écrit par Thérès Louage, Michel Beirnaert, Alain Nolibos, Jean Pecron, Camille Riche, Maurice Bonnière, Jean-Louis Denissel et Daniel Legrand.

« Nous avions 20 ans en 1940 »

Extrait :

« (…) Le vendredi 17 mai 1940 au matin, nous vîmes arriver, en pyjama et au volant de sa voiture, notre patron Monsieur Duprez. Il nous dit qu’il a échappé de justesse, au petit matin, à un détachement motorisé allemand, parvenu jusqu’à Aulnoye où il se trouvait avec son unité. Cette localité du Nord est située à une centaine de kilomètres d’Arras. Monsieur Duprez et son épouse prirent aussitôt leurs dispositions pour fuir en voiture vers le Sud, en emportant ce qu’ils avaient de plus précieux et quelques papiers de l’agence, nous conseillant d’en faire autant. Nous décidâmes de prévenir nos familles. Je me souviens que mon père à l’annonce de cette nouvelle se demanda si notre patron n’était pas un défaitiste, sinon un espion »
(…)
Le départ fut donc décidé d’un commun accord et nous partîmes vers dix-sept heures, notre groupe étant constitué comme suit : Mon père et ses cinq enfants : ma mère refusa de quitter sa maison où elle resta avec les deux sous-officiers anglais qui n’avaient pas reçu d’ordre de départ. Stéphanie (la compagne de Jean Pecron de l’époque ndlr :), ses parents et sa sœur. L’oncle Marcel Buisine, sa femme, ses trois files et ses trois petits-enfants (…) Comme moyen de transport, nous disposions : De l’automobile de la Banque Pecron dans laquelle prirent place, outre l’oncle Marcel, conducteur, sa femme, deux de ses filles et ma sœur Augusta – enceinte, ainsi qu’Andrée, l’une des filles – et les trois petits-enfants. De bicyclettes, pour mon père et mes trois autres sœurs ainsi que pour Simone Buisine, Stéphanie : son père et sa sœur. » Jean Pecron conduisait lui une moto.
(…)
« Nous prîmes la direction du Sud-Ouest, vers la Bretagne, mais avec l’espoir incertain que la tournure des opérations militaires nous éviterait d’aller si loin et nous permettrait de rentrer chez nous aussitôt que possible (…) Le lendemain, samedi 18 mai, nous revit sur les routes de la Somme en direction de Doullens, ville où nous avons rejoint le flot des réfugiés qui, comme nous, fuyaient dans un encombrement de véhicules de toutes sortes : autos, motos, vélos, camions, voitures tirées par des chevaux. Le bruit courait que la ville de Doullens était minée et était prête à sauter, ce qui ajoutait encore à l’affolement des gens. On entendait dans le lointain des bruits de tirs d’artillerie, de mitraillages d’avions, d’éclatements de bombes, qui semblaient confirmer que l’armée ennemie avançait rapidement vers nous.
(…)
Nous sommes le lundi 20 mai « Après une nuit froide passée dans la paille qui nous a servi de lit, je constate (…) que ma moto qui avait failli rester en panne la veille, refuse catégoriquement de démarrer. Nous entendons le bruit des bombes qui tombent sur Longpré-les-Corps-Saints, à six kilomètres d’Airaines, ce qui accélère le départ des réfugiés, levés tôt ce matin. Il est sept heures trente (…) Nous nous engageons dans la rue d’Oisemont, à l’endroit d’Airaines d’où l’on aperçoit, surplombant les maisons, les tours du château de Luynes, seuls vestiges de cette demeure seigneuriale dont le reste est totalement en ruines.
À ce moment, nous sommes saisis par le bruit effrayant des avions de bombardement en piqué, les « Stukas » allemands qui, au vacarme des moteurs, ajoutent le hurlement d’une sirène destiné à accroître l’affolement chez l’adversaire. Nous avons juste le temps de voir les bombes se détacher des avions, et de comprendre qu’elles vont tomber directement sur nous, avant de nous jeter, par un réflexe de défense, sous le premier abri venu, en l’occurrence une grange précédée d’un porche en pierres. Aussitôt, tout s’écroule sur nous, et je me souviens qu’adossé au fond de la grange, et attendant la mort, une image me traverse l’esprit, celle des bombardements à Varsovie que les journaux nous décrivaient en 1939, et je me dis que cette fois, c’est pour nous, que cela n’arrive pas qu’aux autres. Aveuglés et étouffé par une fumée épaisse mêlée à la poussière soulevée par l’effondrement du bâtiment, je me rends compte que je n’ai aucune blessure, bien que les poutres soient tombées sur moi (…). Je retrouve Stéphanie sur la route, également indemne, ou presque, ayant été légèrement brûlée aux jambes et les cheveux roussis par l’explosion des bombes. Elle a aussi reçu un petit éclat au bout du pied droit. Nous avons tous les deux le visage noirci par la fumée et la poussière. La route devant nous est jonchée de corps de réfugiées de tous âges, atteints par les bombes, blessés ou morts. À l’intérieur, j’entends crier mon nom. C’est la maman de Stéphanie, qui ne peut pas bouger, la jambe droite coupée au-dessous du genou. Près d’elle, Brigitte (sœur de Stéphanie ndlr :) encore plus gravement atteinte, la jambe droit arrachée en haut de la cuisse (…) Je réalise, (avec Stéphanie), notre impuissance à porter secours aux blessées, d’une façon efficace. Nous n’avons aucun moyen moyen de faire un garrot ou un pansement et, encore sous le choc du bombardement, terrorisés par les avions ennemis qui nous survolent à basse altitude en mitraillant la route, nous tentons de rejoindre le centre de l’agglomération pour chercher du secours.
(…)
Mon père et le reste du groupe qui avaient maintenant heures d’avance sur nous, avaient poursuivi leur route, pris également dans la foule des réfugiés, et par conséquent dans l’impossibilité de rebrousser chemin pour savoir ce que nous étions devenus (…) Nous avons su, plus tard, qu’ils avaient dû, eux aussi, se protéger contre les mitraillages ennemis en se jetant dans les fossés, mais qu’ils étaient tous saufs. Pendant toute la durée de l’exode, l’aviation allemande avait la maîtrise absolue du ciel et nous n’avons jamais aucun avions français ou anglais gêner en quoi que ce soit l’action de l’ennemi (…) Ces moyens auraient été mal employées et surtout, la conception de nos chefs militaires, qui s’appuyait essentiellement sur une guerre défensive à l’abri de la Ligne Maginot, était complètement dépassée par la technique de la guerre moderne parfaitement mise au point par les Allemands. Le lundi 20 mai 1940 reste dans nos souvenirs comme un cauchemar(…). »

Pour connaître la suite du récit, il vous est possible de vous procurer ce livre à la médiathèque de Dainville ainsi que celle d’Arras, et en vente au Club d'histoire locale de Dainville (03 21 23 08 81) ainsi qu’au Centre Leclerc de Dainville.


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